GDS de l'Isère GDS des Savoies GDS des Savoies GDS de la Loire GDS de la Drôme GDS de l'Ain GDS de l'Ardèche GDS du Rhône

Autres

Publié le 08/08/2012

Fièvre charbonneuse: vacciner pour protéger !

Fièvre charbonneuse : vacciner est le seul moyen de protéger les animaux sur les parcours à risque


Maladie "du passé" pour certains, la fièvre charbonneuse ou charbon continue néanmoins à sévir dans certaines zones d'élevage, en particulier en montagne. Retour sur l'expérience et les enseignements à tirer des six derniers épisodes auxquels à été confronté le département de la Savoie. Prévoyance et vigilance sont au menu.

A l'origine, une bactérie qui survie sous forme de spore dans le sol pendant plusieurs dizaines d'années

Le charbon, également appelé fièvre charbonneuse, charbon bactéridien, ou encore bactéridie charbonneuse est une maladie connue depuis très longtemps. Les premières descriptions qui nous soient parvenues remontent à l'époque l'antiquité égyptienne des pharaons. Quant à l'agent responsable, une bactérie du nom Bacillus anthracis, elle a été identifiée au XIXème siècle. Caractéristique principale de cette bactérie : elle est capable de survire au moins plusieurs dizaines d’années dans les sols sous la forme de spore.
.
Le bacille du charbon (Bacillus antracis) vu au microscope optique (photo LDAV73)

La maladie atteint principalement les herbivores. Ils se contaminent lors de l’ingestion d’herbe souillée par des remontées de spores dans des endroit ou des animaux sont morts de charbon par le passé. Cela peut avoir lieu à l'occasion d'un retournement de terre ou de la remontée en surface de la microfaune, par exemple des vers de terre qui descendent très profondément dans le sol en période sèche et remontent après des pluies.
.
Mais le charbon touche également l'homme. C'est ce qu'on appelle une zoonose, c'est-à-dire une maladie transmissible de l'homme à l'animal et inversement. Pour les éleveurs et les personnes en contact avec les animaux le risque principal réside dans la manipulation sans précaution d’animaux malades ou morts. Dans ce cas, elle donne lieu le plus souvent à une infection locale de la peau : une pustule noirâtre. Cette forme localisée n’est pas la plus grave. Dans d'autres circonstances, en particulier suite à l'inhalation de spores ou leur ingestion en quantité, l'infection est généralisée à tout le corps. Dans ce cas, à moins d'être diagnostiquée et traitée très très vite, la maladie est mortelle.

Le nom de "charbon" a été donné à cette maladie en raison de la teinte noire prise par le sang et la rate des animaux infectés, ainsi que par les "pustules" des êtres humains contaminés.

Les épisodes récents rappellent que la vaccination est indispensable pour tous les animaux qui pâturent sur des parcours où des cas de charbon ont été signalés par le passé

En 2010, dans une communication devant l’Académie Vétérinaire de France, le laboratoire départemental d’analyses vétérinaires de la Savoie à fait le bilan des épisodes de fièvre charbonneuse en Savoie depuis 1921. Cette étude a insisté sur le rôle joué par la nature géologique des sols dans la persistance de la maladie. D’autres facteurs sont également nécessaires à sa réémergence, comme des périodes alternant forte sécheresse et humidité.

Les dernières foyers importants ont eu lieu en 1997 et 2009 (Canton de la Rochette) et en 2000 (les Bauges). Ces épizooties ont à chaque fois touchée des élevages d'herbivores domestiques (bovins, ovins, caprins et chevaux). Heureusement aucun cas humain n’a été à déplorer. Au cours de ces épisodes, aucun cas n'a été détecté sur la faune sauvage.

Le seul moyen de prévention vis-à-vis du charbon est la vaccination. Pour être efficace, les animaux à protéger doivent être vaccinés au cours de l'hiver et au moins 15 jours avant la mise à l’herbe. Les rappels sont annuels. En Savoie, suite à l'épisode de 2009, la vaccination a été rendue obligatoire par arrêté préfectoral dans 22 communes. Dans ce cas, elle doit être réalisée par le vétérinaire sanitaire.

Consulter la liste des communes pour lesquelles la vaccination charbon est obligatoire ou conseillée en Rhône-Alpes en 2012 :
.
La vaccination est le seul et unique moyen de protéger les animaux qui pâturent sur des champs ou des cas de charbons ont déjà eu lieu (autrefois appelés "champs maudits"). Une injection permet de protéger à compter de 15 jours plus tard et pendant un an (photo CP-GDS38).

En cas de suspicion de fièvre charbonneuse, le vétérinaire sanitaire et la Direction Départementale de la Protection des Populations prennent les mesures pour confirmer ou infirmer au plus vite le cas et protéger l'éleveur, son troupeau et le voisinage
.
En cas de constat de forte fièvre ou de mortalité brutale, l’éleveur contacte son vétérinaire. Si ce dernier suspecte la fièvre charbonneuse, il prélève du sang sur tube sec (sans anticoagulant) sur l’animal malade ou mort et prévient immédiatement la Direction Départementale (de la Cohésion Sociale et) de la Protection des Populations ou DD(CS)PP). Le laboratoire départemental et le service de l'équarrissage sont également alertés.

La suspicion se fait notamment dans les cas suivants : mort brutale (inexpliquée), hémorragies quelle que soit l’origine (avec absence de coagulation), fièvre, troubles respiratoires, réactions œdémateuses de taille importante.

Dans tous les cas, le prélèvement doit parvenir au plus vite au laboratoire car la qualité des résultats en dépend. L’acheminement se fait soit par les agents de la DD(CS)PP, soit par le vétérinaire lui même. En aucun cas, les prélèvement ne doivent être envoyés par la Poste ou par un transporteur non spécialisé.

Les mesures sanitaires sont prescrites par la DD(CS)PP. Leur application est obligatoire car ce sont des arrêtés préfectoraux. Ces mesures permettent de protéger les personnes et les animaux présents sur l'exploitation ainsi que dans le voisinage. Les principales mesures portent sur les précautions à prendre pour l'enlèvement des cadavres, la pasteurisation du lait et la gestion des produits animaux, le contrôle des  mouvements des animaux en attendant qu'ils soient protégés par une vaccination s'ils ne l'étaient pas encore. Les GDS et les services de prévention de la MSA sont associés dans la gestion et l’accompagnement des éleveurs lors de ces crises sanitaires graves.
Les animaux morts du charbon (ou suspects d'être morts à cause du charbon) ne doivent en aucun cas être autopsiés sur place. Les écoulements sanguins (anus, nez, bouche) doivent être recouvert de chaux ou cyanamique calcique pour éviter de contaminer les sols (photo GDS25).

Au laboratoire, la confirmation d'un cas de charbon nécessite de travailler vite tout en maintenant des mesures de protection drastiques du matériel pour éviter la dissémination de l'agent du charbon

Pour confirmer l'infection par Bacillus antracis, il faut mettre en évidence cette bactérie dans les prélèvements fait sur les animaux vivants ou morts. Deux types de techniques sont mises en oeuvre :
- la mise en culture qui consiste à faire se multiplier les bactéries présentent dans le prélèvement dans un milieu suffisamment spécifique pour ne laisser se développer que bactéries du charbon ou celles très proches,
- la PCR (Polymerase Chain Reaction) qui permet de détecter de manière très spécifique des traces du matériel génétique (l'ADN) d'un organisme vivant - par exemple d'une bactérie, ici celle de Bacillus anthracis.

Mais l'agent du charbon, Bacillus anthracis est particulièrement dangereux. Sur une échelle internationale qui caractérise les risques biologiques allant de 1 à 4, il est classé 3. C'est pourquoi le laboratoire qui effectue sa recherche doit bénéficier d'une habilitation spécifique. En Rhône-Alpes, le Laboratoire Départemental d'Analyses Vétérinaires de la Savoie est habilité à faire des analyses charbon pour toute la région. Il peut intervenir également pour d'autres régions sur demande du laboratoire de référence l'ANSES à Maisons-Alfort et de la DGAL (Direction Générale de l’Alimentation).
.
Manipulation sous hotte à flux laminaire dans l'unité P3 du LDAV73. Le port d'équipements de protection individuels adaptés au risque est obligatoire (photo LDAV73).

GE
RisqueCharbon2012.pdf